Synopsis

Antoine Leris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume. A l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée sur Facebook quelques jours après les attentats, il nous raconte ici comment, malgré tout, la vie doit continuer. C’est ce quotidien meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre.

  • Témoignage

  • Fayard

  • Le Livre de Poche

  • 4 janvier 2017

  • 128 pages

Mon avis

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine.

Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de douze ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.

Qui n’a jamais lu ou entendu parler de cette lettre ? Ce jour du 13 novembre 2015 est encore bien ancré dans les mémoires comme étant l’un des plus douloureux que nous avons connu depuis bien des années (après l’attentat de Charlie Hebdo). Ici, Antoine Leris nous livre toute sa souffrance, tout son désarroi face à la perte de la femme qu’il aime. Il débute son récit au soir de l’attentat, il nous raconte l’attente, la peur, la résignation, le deuil et ce besoin de vivre qu’il a pour Melvyl, leur petit bonhomme de 17 mois au moment des faits. Ce récit m’a ému aux larmes et m’a aussi paradoxalement tiré quelques petits sourires aux coins des lèvres. On y ressent ce combat, cette force pour que malgré la perte de sa maman, ce petit garçon continue à grandir dans l’insouciance que lui permet son âge. Mais il n’y a pas que ça. Il y a aussi sa façon d’appréhender tout cela, ce cri du coeur qui veut que personne ne se substitue à la haine et continue de mener sa vie sans esprit de vengeance si ce n’est celui d’être libre.

Dans cette lettre, on ressent la colère mais aussi la fierté qu’il a de pouvoir continuer sa vie sans le moindre ressentiment vis-à vie de ces personnes sans coeur et sans âme qui tuent au nom d’on ne sait qui ou quoi. Pour ce qui est du récit, on suit Antoine dans tout son processus de reconstruction, avec pour seule bouée d’amarrage, son fils pour lequel il veut le meilleur. Il ne peut pas se laisser sombrer, il le sait, alors il avance à tâtons dans cette nouvelle vie qui démarre sans la femme de sa vie et la maman de son fils, leur repère.

J’ai acheté ce roman alors que je revenais du Bataclan. J’étais à Paris ce week-end, pour le concert de Coldplay au Stade de France, une année et un jour après les horreurs, semblables à celles du 13 novembre, qui ont frappées Nice, ma ville. Nous avions décidé de nous balader dans la ville plutôt que de prendre le métro pour nous rendre à la gare. Sur le chemin, nous sommes passés par le Bataclan où une plaque commémorative, quelques bougies, éteintes, et quelques bouquets de fleurs sont présents. Juste à côté, un bar abandonné qui porte encore les stigmates de cette terrible soirée. J’ai été au Stade de France, théâtre d’un attentat ce même 13 novembre, je suis passée par le Bataclan, j’étais à Paris, il me fallait ce livre. Je voulais le lire depuis des mois, sans sauter le pas. Peut-être car c’était encore trop frais dans mon esprit, peut-être car cela faisait écho à ce que nous avons vécu l’année dernière, je repoussais toujours cet achat.

Je l’ai lu dans le train qui me ramenait à Nice et ce récit m’a fait comme un électrochoc. Comme de ces livres qu’on relit pour ce souvenir, pour ne pas oublier. Il est bouleversant, poignant, touchant, révoltant. Ce livre n’aurait jamais du exister, et pourtant il est là, comme le témoin de l’horreur que nous avons vécue. Ce livre m’a pris aux tripes. Je ne peux pas parler de coup de coeur, je ne dirai pas non plus qu’il m’a plu mais il fait partie de ces témoignages importants que l’on se doit de lire.

Il veut partir. Tout de suite, ne pas attendre, ramener maman à la maison avec nous. Je ne résiste pas. Il veut les bras. Je le serre contre moi. Elle est avec nous. Nous sommes trois, nous serons toujours trois.

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